| |
Une facette de l'histoire... trouvée sur le forum DNF ...
Par Frédéric Rouvillois, professeur de droit public à l'université Paris-V
La réglementation antitabac imposée dans les années trente par l'Allemagne hitlérienne.
Dès 1933, mais surtout après 1938, l'État national-socialiste va mener, au nom de la protection de la race et de la lutte contre le cancer, une véritable guerre contre le tabac, décrit par Hitler lui-même comme "la vengeance de l'homme rouge contre l'homme blanc pour lui avoir donné l'alcool". "Utopie sanitaire" obsédée par l'hygiène, la pureté, la santé physique et mentale, le régime hitlérien encourage notamment la création, en 1941, à l'université d'Iéna, d'un Institut pour la recherche sur les dangers du tabac, dirigé par un SS de très haut rang, le professeur de médecine Karl Astel. L'institut sera financé directement par Hitler sur les fonds de la Chancellerie.
Le tabac, assimilé par la propagande aux ennemis de l'ordre nouveau - Staline, Roosevelt, Churchill et de Gaulle sont de gros fumeurs, alors que ni Hitler, ni Franco, ni Mussolini ne fument - est ainsi prohibé dans les administrations, les hôpitaux, les maisons de repos, les locaux du parti et les universités. En 1939, Himmler interdit aux policiers et aux SS de fumer pendant le service, et Goering fait de même pour les soldats en campagne. En 1943, il devient aussi illégal, pour les mineurs de dix-huit ans, de fumer en public. L'année suivante, toujours à l'initiative de Hitler, la prohibition s'étend aux transports publics, afin, précise-t-on, de ne pas exposer les jeunes conductrices à la fumée. Les femmes, garanties ultimes de la pureté et de l'avenir de la race, sont d'ailleurs particulièrement visées par cette législation. Celles qui sont enceintes ou âgées de moins de vingt-cinq ans n'ont pas droit aux coupons de ravitaillement en tabac ; les cafés et les restaurants ont l'interdiction de leur vendre des cigarettes : "La femme allemande ne fume pas", déclare hautement le slogan d'une association féminine officielle. Et bientôt, l'homme lui aussi ne fumera plus, espèrent les autorités nazies, qui conçoivent cette politique comme "le début de la fin" de l'usage du tabac en Allemagne.
Bien entendu, il n'en sera rien. Si la consommation de cigarettes diminue effectivement, en Allemagne, pendant la guerre, la chute du IIIe Reich - et le suicide, en 1945, des deux maîtres d'oeuvre de cette politique, les médecins SS Karl Astel et Léonardo Conti - mettra un terme à l'offensive, de même qu'il entraînera la disparition de l'Institut de recherche sur les dangers du tabac. En 1948, en vertu du plan Marshall, 93 000 tonnes de tabac de Virginie seront livrées à l'Allemagne."
|
|